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Des
valeurs fédératrices et identitaires
" S'ouvrir sans réserve
à l'autre "
Accueillir sans restriction ceux qui sont laissées pour compte,
les sans-abri, les sans droits et leur donner un toit, de quoi manger,
de nouvelles raisons de vivre.
" Faire reconnaître sa dignité d'Homme
libre "
Accorder à tout être humain la confiance et le respect
qui lui sont dûs.
Permettre à chacun de retrouver par le travail l'autosuffisance
et de vivre sa dignité d'Homme.
" Agir au nom de la solidarité "
Offrir à chacun de devenir acteur de la solidarité
envers les plus démunis.
Œuvrer ensemble pour établir l'égalité
de tous devant la vie, dans le respect des différences.
" Créer une prise de conscience par la parole,
par l'action "
Faire en sorte que les gouvernements et l'opinion soient capables
d'indignation et agissent pour lutter contre l'exclusion.

Une organisation
en trois branches
Depuis janvier 2003, le souci d'assurer
une meilleure visibilité et lisibilité au mouvement,
constitué de plus de 250 associations ou structures différentes,
et celui de renforcer sa cohérence dans l'action, a conduit
Emmaüs France à se structurer en 3 branches.
La branche communautaire, rassemble les 113 communautés de
compagnons, constituées en associations, qui accueillent
ceux que la société a marginalisés. Leur but
est d'affirmer l'identité et la place de tous dans la société,
quelles que soient les situations personnelles. La finalité
des communautés est de créer une plus grande justice
sociale en organisant et en initiant autour d'elles un ensemble
de solidarités.
La branche des structures d'Action Sociale et de Logement
est constituée comme suit :
· SA HLM Emmaüs (gestion de 10000 logements en Ile-de-France)
· Fondation Abbé Pierre pour le logement des défavorisés
·Les Toits de l'Espoir (action spécifique dans le
Nord de la France)
·Association Emmaüs (à Paris, accueil des SDF
et diverses propositions d'insertion)
·SOS Familles (aide aux familles en situation de surendettement)
La branche Economie Solidaire et Insertion
- Comités d'Amis :
Ces structures se sont créées en dehors des communautés
et rassemble plus de 1300 bénévoles actifs qui effectuent
le même travail que les compagnons (ramassage, tri, vente).
Les comités jouent un rôle de réinsertion en
recrutant notamment des salariés en contrat aidés.
- Le Relais :
Entreprise à but socio économique apparentée
à Emmaüs France en mai 2002. Elle développe l'insertion
par l'économique et la création d'emplois durables
sur le textile pour les personnes défavorisées (900
salariés).
- Emmaüs alternatives
Mène sur l'Est parisien une action visant à l'insertion
par le logement de certaines catégories de personnes en difficulté
(malade du SIDA, jeunes, squatters, tsiganes et prostituées),
grâce à une activité économique centrée
sur la fripe (ramassage, remise en état, vente).
- 10 structures d'insertion
Structures qui, à partir d'activités économiques
de collecte, tri, recyclage, particulièrement autour du textile,
permettent à des publics en difficulté de bénéficier
de contrats de travail ; en vue de faciliter leur insertion sociale
et professionnelle, et, avec des modalités spécifiques
d'accueil et d'accompagnement.
Le mouvement Emmaüs
vous remercie…
Avec vous, le véritable hommage, c’est de continuer…
Nous souhaitons d’abord exprimer
notre immense gratitude à toutes celles et tous ceux que
nous ne pouvons remercier individuellement pour les manifestations
de sympathie à la mort de l’abbé Pierre. Nous
pressentions bien qu’il se passerait quelque chose. Nous n’imaginions
pas à quel point l’émotion serait aussi communicative,
partagée, spontanée, simple, authentique.
Dans chaque larme, chaque sourire, chaque mot, chaque poignée
de main, chaque signature, chaque geste, chaque visite, chaque parole,
nous avons trouvé un encouragement à poursuivre, une
obligation de continuer, une impossibilité de nous dérober.
Comment ? Nous vous devons quelques éclairages sur ce que
nous sommes et où nous allons.
Faisons d’abord un sort à la question, vaine mais récurrente,
du « successeur ». Nul ne pourra, dans Emmaüs ou
en dehors, s’ériger en successeur de l’abbé
Pierre. Il n’en a adoubé aucun. Et les auto-proclamés
s’exposeront surtout au ridicule. Nous le disions avec lui
de son vivant. Cela reste toujours vrai. Quand l’abbé
Pierre a surgi dans l’histoire de France, personne ne s’est
demandé de qui il était le successeur. Il y aura,
souhaitons-le, dans notre pays et dans un proche avenir d’autres
grandes figures mythiques, capables de bousculer les conventions,
de surpasser les clivages, de pousser à agir, de marquer
les esprits de leur empreinte. On ne se demandera pas à qui
elles succèdent, mais comment elles procèdent.
Pas de successeur, donc mais des prolongements. Ce n’est pas
la moindre des qualités de l’abbé Pierre que
d’avoir veillé à ce que son extraordinaire intuition
puisse être poursuivie.
Un mouvement Emmaüs fait de diversités
L’abbé Pierre a accordé sa confiance au mouvement
qu’il a fondé, nommé et accompagné jusqu’au
bout. Il l’a vu se développer, se diversifier, se disputer
ou se diviser parfois. Il a essaimé très largement
et très rapidement et a laissé l’organisation
se mettre en place progressivement, avec toujours une part de désordre
et d’incertitudes. Il n’inaugurait jamais un nouveau
lieu de vie, sans rappeler qu’une belle construction devait
comporter un carreau cassé afin de rester à l’écoute
de la misère au dehors… De même, il ne voyait
pas d’un mauvais œil qu’il y ait quelques carreaux
cassés - quelques couacs, un peu de flou, de débats,
parfois des rivalités - dans notre organigramme complexe,
afin qu’en permanence une place reste possible pour «
les autres ». La difficulté de se repérer dans
les méandres d’Emmaüs est, chez nous, un sujet
de plaisanterie traditionnel.
Chacun estime avoir traduit à sa manière le message
du fondateur et lui être fidèle. C’est bien l’ensemble
de ces voix complémentaires, rarement contradictoires, qui
compose cette fidélité. Il a fallu gérer de
beaux paradoxes : faire en sorte que les compagnons vivent de leur
travail sans pour autant refuser des dons financiers utiles à
de nouveaux projets ; concilier, avec la même énergie,
des combats sur l’emploi et le logement ; conjuguer ce qui
doit rester une utopie avec le principe de réalité,
indispensable à l’efficacité ; faire confiance
à des personnes rejetées de la société,
les mettre en situation de responsabilité sans les mettre
en danger elles-mêmes, sans faire courir trop de risques à
l’aventure collective ; faire coexister des personnalités
fortes sans se neutraliser ; se référer à des
valeurs spirituelles dans un mouvement résolument laïc
; transformer en une aventure collective l’intuition d’une
personne et poursuivre avec des gens ordinaires ce qui avait été
fondé par un être hors du commun.
Une logique d’ensemble
Emmaüs se compose de près de 350 organismes dans le
monde, membres d'Emmaüs International. Parmi eux, 250 groupes
sont fédérés au sein d’Emmaüs France
et répartis en trois branches d’activités. Avec
une alchimie très particulière entre d’un côté
une volonté d’autonomie, d’indépendance
et de liberté et de l’autre un attachement viscéral
aux valeurs d’Emmaüs, un souci marqué d’appartenance,
des mécanismes de solidarité pour soutenir les structures
en difficulté et se mobiliser dans l’adversité.
Les 120 communautés, lieux de vie et de travail, accueillent
4.000 compagnons, et vivent de l’activité de récupération
et de recyclage de produits donnés par les particuliers.
Les compagnons ont un statut particulier, qui n’est ni celui
du salariat – inadapté pour des personnes qui ne souhaitent
pas s’inscrire dans ce lien de subordination très codifié
– ni celui d’une personne accueillie dans un centre
d’hébergement, qui ne rend pas compte de la réalité
du travail accompli par les compagnons et de la valeur engendrée
par ce travail.
Progressivement, les communautés ont perçu que certaines
personnes avaient plus besoin d’un statut de salarié
que d’une vie en communauté : c’est ainsi qu’ont
été créées des structures d’insertion
par l’activité économique de droit commun, et
qui comptent aujourd’hui environ 2000 salariés. 1.000
d’entre eux travaillent pour le Relais, dont l’activité
tourne essentiellement autour de la collecte et du recyclage du
textile.
La prise en compte du logement a conduit l’abbé Pierre
à créer dès 1954 une société
d’HLM, appelée aujourd’hui Emmaüs Habitat,
bailleur d’environ 13 000 logements en région parisienne,
avec une vocation sociale qui reste très affirmée.
D’autres organismes comme France Euro habitat (FREHA) ou les
Toits de l’espoir, apportent des réponses originales
en matière de logement très social pour les personnes
les plus en difficulté. L’implication du mouvement
Emmaüs dans le domaine du logement a pu être accélérée
par la création de la Fondation abbé Pierre pour le
logement des plus défavorisés (FAP), dont les moyens
proviennent des dons et legs, qui soutient de nombreux projets innovants
portés en partenariat et dont le Rapport sur le mal logement,
publié chaque 1er février est une référence
incontournable et reconnue.
Sur le terrain de la grande précarité, l’association
Emmaüs agit essentiellement à Paris et en Ile de France
comme l’un des acteurs principaux de l’hébergement
d’urgence et d’insertion, en s’appuyant sur des
actions transversales d’accès aux droits, à
l’emploi, au logement, à la santé, à
la culture. Tout en développant également des approches
originales, comme les maraudes pédestres à la rencontre
des SDF ou le libre accès à Internet pour les SDF.
C’est l’association Emmaüs qui a récemment
secoué l’opinion par un sondage révélant
que près d’un Français sur deux craignait de
se retrouver un jour à la rue !
Si l’on rajoute les associations SOS familles – qui
ont initié des avances sans intérêt à
une époque où on ne parlait pas de crédit social
! -, les Comités d’amis, qui mobilisent des milliers
de bénévoles pour l’activité de récupération,
ou d’autres encore, on a une idée de la diversité
d’Emmaüs.
A Emmaüs, le principe est de vivre de son travail. Mais si
le mouvement en tire les trois quarts de ses ressources, certaines
activités donnent lieu à des subventions, notamment
celles qui sont la contrepartie de missions confiées par
l’Etat ou les collectivités locales, et certaines structures,
à commencer par la Fondation abbé Pierre, font appel
à la générosité publique, permettant
d’orienter les dons vers des projets nouveaux en matière
d’habitat.
Et maintenant?
Le mouvement Emmaüs a été de longue date encouragé
par son fondateur à préparer un avenir dans lequel
il devrait compter sur ses propres forces. Comment ?
Tout d’abord en étant fidèle aux valeurs d’origine
: l’accueil inconditionnel, qui n’est limité
que par les capacités propres du mouvement ; la dignité
liée à un travail adapté aux possibilités
de chacun ; le partage des ressources, faisant que tout ce qui n’est
pas nécessaire aux besoins directs est consacré à
des actions de solidarité ; la rencontre entre des personnes
qui n’auraient pas dû se rencontrer ; une approche commune
des questions de pauvreté en France et dans les pays pauvres,
à travers l’action internationale du mouvement.
Ensuite, en étant capable d’adapter ses activités
économiques, pour préserver son indépendance
financière et développer l’emploi. C’est
notamment l’enjeu de notre développement dans le secteur
des déchets d’équipements électriques
et électroniques et de la contribution environnementale textile
– parfois improprement appelée « taxe textile
Emmaüs ».
Egalement, en veillant à ce que les garanties dues aux personnes
qui font confiance au mouvement Emmaüs – des personnes
accueillies aux donateurs – soient observées : c’est
pourquoi Emmaüs France pratique des audits dans ses groupes
membres ou développe la formation. Le rapport élogieux
de la Cour des Comptes, soulignant la gestion exemplaire de la Fondation
abbé Pierre est un encouragement. C’est pourquoi nous
espérons également que les candidats à la présidence
de la République, qui ont rendu hommage à l’abbé
Pierre, s’engageront, tout en préservant leurs spécificités,
à donner un statut légal aux communautés, aux
compagnons d’Emmaüs et aux lieux d’expérimentations
sociales par le travail :après plus de 50 ans d’existence,
il serait peut-être temps !
Enfin, en agissant pour que nos pratiques ne soient pas figées
en fonction d’une conception datée de la pauvreté,
mais, que des réponses nouvelles et originales continuent
à émerger. Ce sont ces pratiques qui donnent de la
légitimité à la parole publique d’Emmaüs,
qui n’est pas l’incantation suspendue au dessus du vide.
Elle s’appuie sur nos expériences, pour crier haut
et fort chaque fois qu’on oublie qu’il faut faire la
guerre à la pauvreté mais pas aux pauvres !
Vaste programme ! Et quand nous disons que le meilleur hommage,
c’est de continuer, nous ne mésestimons pas la tâche
: pour nous mêmes comme pour tous ceux engagés dans
le combat contre la misère incarné sa vie durant par
le fondateur du mouvement Emmaüs.
Signataires :
Emmaüs International, Emmaüs France, Fondation abbé
Pierre, Association Emmaüs, les 120 communautés et leurs
fédérations, les 45 SOS Familles et leur fédération,
le Comité national des amis d’Emmaüs et les 37
comités d’amis, Emmaüs Habitat, FREHA, Les Toits
de l’espoir, Emmaüs Synergie, Emmaüs Alternatives,
le Relais et les différentes structures d’insertion
d’Emmaüs, l’Association SOS boîtes de lait.
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